08 juillet 2008
Bulletin de santé
Le lâchage, la
fuite des neurones, les artères qui feraient mieux de se taire, la verrue qui
vivra et verra, le cor qui s’en défend, le menton qui double et redouble, les cheveux
qui hissent le drapeau blanc, l’œil qui
voit bas et l’oreille qui entend haut, les cervicales calent et la prostate
hésite, le lâche âge.
30 juin 2008
DEMENAGEMENT
Juste un déménagement,
quelques appareils ménagers à acheter, quelques meubles à transporter, quelques
tours de vis à donner, deux petits tours de camionnette, un peu de vaisselle et
des bouquins et des disques et des chaises et des tables basses et hautes et tous ces objets
qu’on garde au fil des années.
Juste un déménagement,
et pourtant nous étions tous là, les plus proches de tes amis, ta petite sœur,
tes frères et même s’il n’y avait eu qu’une caisse à porter, nous aurions tous
été là pour toi.
Ce n’est pas
dans un modeste HLM que tu rentres, c’est dans ton premier appartement
depuis tellement d’années, ce n’est pas un vieil immeuble fatigué aux balcons soutenus
ça et là par des étais d’acier, c’est un
palace et ta suite avec ses deux chambres, sa grande salle avec vue sur le
square et si tu ouvre bien tes oreilles tu auras le privilège de goûter les musique
bigarrées de l’Antipode.
Et tous ces objets qu’on sort de leurs
cartons, ces meubles qu’on remonte comme on remonte le temps, certains avec
difficulté tant ils s’étaient habitués à l’inutilité, toutes ces choses c’est ta mémoire qui revient d’un seul coup, c’est
ta vie qui fait son grand retour.
La journée a
été longue , épuisante, de multiples trajets, choisir le frigo et les quatre chaises
et la machine à laver, sortir la carte bancaire, composer le code confidentiel
sans lire ton bout de papier, non Laurent, c’est la touche verte qu’il faut
presser , mais non prends ton temps .
Il est vingt
heures, pas un moment tu ne t’es reposé, l’émotion te submerge de revoir toutes
tes affaires, tes vieux 33 tours, ta guitare, tes meubles remontés et prêts à
en découdre encore une fois, une journée comme un point final à une parenthèse
dans ta vie, un longue absence de quatre années entre hôpitaux et centre de rééducation,
entre lieu de vie et hébergement d’urgence, il est vingt heures et pourtant tu nous accompagneras encore tard
pour un simple repas entre frères et sœur. Enfin, pas si simple.
Tu profites de
ce bonheur des retrouvailles et les jours qui viennent tu redécouvriras toutes ces
choses qui t’appartiennent, mais nous savons, tu sais, que demain il faudra te
confronter au quotidien, aux voisins, à la vie comme les autres, avec les
autres.
23 juin 2008
TROIS AMIES
Un ciel sans nuages,
un soleil bien sage, une longue ligne droite, trois amies en file indienne, la
dernière journée d’une tranquille semaine de vacances, des soirées paisibles
entre fous rires et rosés légers, une pause bienvenue avant de replonger en apnée
dans le quotidien, oublier les « personnes en difficultés », des
journées entre balades et lectures, entre complicité et silences, trois
vieilles amies esquissant un pas d’an-dro puis le tracé d’un futur trek au
Népal ou ailleurs, fermer les valises, passer un coup d’aspirateur, enfourcher
les bécanes pour une petite dernière, respirer à plein poumons, goûter cet
instant comme si c’était le dernier, une longue ligne droite, pas un nuage, pas
un virage, pas un bruit, de vieux platanes bienveillants, juste un son venu
dans le dos, traître et inattendu,, juste un frôlement , juste un instant, pas
un cri , un corps qui s’envole, pas de nuage, un corps qui s’affaisse, soleil
sage, une tête qui cogne, ligne droite
qui se brise, deux amies blessées qui pleurent et pansent les plaies béantes.
22 juin 2008
RETROUV'AÏE
Je l’ai
immédiatement reconnu, malgré l’empâtement , malgré les cheveux blanchis, les
siens pas les miens quoique, je devinai le visage poupin rencontré trente six
ans auparavant, une année de formation à notre entrée dans l’institution puis
des chemins rapidement divergents , l’informatique pour l’un, le juridique pour
l’autre . Trente six ans sans ne serait
que s’apercevoir, le monde est petit, l’institution est grande.
Puis comme si
nos routes s’étaient décroisées la veille, je tendis une main fraternelle et nonobstant
virile, relevée d’un sonore et empathique « Bonjour Pierre ».
Je vis
immédiatement dans les yeux dudit Pierre, non pas des bits et des octets même
après tant d’années informaticielles, mais un grand désarroi, il n’aurait pas
eu besoin de dire les mots qui suivirent, j’avais déjà lu que vraiment non, il ne voyait pas du tout qui
était le serreur de main, certain lui de ne pas faire erreur.
Après lui
avoir rafraîchi la mémoire, il eut à ma grande surprise ces mots surprenants qui me prirent par surprise pour bien montrer
l’étendue de mon immense surprise qui n’avait d’égale que son désarroi initial,
« Ah oui, Loïc, .......tu n’as pas changé, tu fais toujours jeune ».
Et pourtant il
ne parlait pas d’une barbe étique autant qu’erratique blanchie sous le poids des années et des
soucis ma pauv’dame, et pourtant il ne parlait pas de cette silhouette qui ne
ressemble plus à rien tant elle disparaît dans un amas de tissus adipeux et flasques
, et pourtant il ne parlait pas de ces cheveux héroïques combattants isolés sur
une terre désertique et brûlée par les mauvais soleils et les soucis mon pauv mossieu,
et pourtant il ne parlait pas de ces rides et ridules ridicules , de ces
boutons de boutonneux attardé, de ces chairs molles et hésitantes entre jaunâtre
et violâtre et pourtant il ne parlait pas de , ah non ça il ne pouvait pas le
voir, et pourtant il ne parlait pas de ces combats perdus parce que si peu
livrés et pourtant il ne parlait pas de ces renoncements, de ces échecs , de
ces victoires pitoyables à la pie russe et pourtant, et pourtant je savais qu’il
était autant sincère que spontané, ça lui ressemblait bien, je retrouvais Pierre
comme je ne l’avais pas quitté, incapable de mentir et j’aurais aimé avoir une
répartie gentille, lui susurrer un rassurant : « toi non plus tu n’as
pas changé » , mais moi non plus je ne sais pas mentir, menteur va et
vantard avec ça, et un lourd silence clôt, clotit, clota, enfin mit fin à nos
retrouvailles éphémères et cacochymes au pied d’un ascenseur de la grand institution.
Mais, au fait
de quoi parlait-il ?
.
13 juin 2008
LE BONJOUR A F.
Ce n’est qu’un
détail pour vous a poétisé le poète, mais pour moi çà veut dire beaucoup a
chanté la chanteuse, et moi modestement piètre poète et pire encore chanteur, je
me pointe avec mon bonjour à F.
Et pourtant,
ce simple mot à cette personne là, il veut dire beaucoup, il veut dire que je
ne suis plus en colère. Parce que le petit Loïc, depuis des années il était
tout le temps en colère, et F. était le dernier sujet de colère, même si
l’objet avait depuis longtemps disparu.
Par ce petit mot, sans importance, je
disais à cette personne là, c’est fini, c’est le point final à des années d’une
ire haineuse et irrépressible qui me
submergeait dès que je t’apercevais, une colère qui faisait monter des mots
inhabituels, une onde de violence qui me traversait me surprenant à chaque
fois, comme une émanation d’un autre moi enfoui au fonds de mes tripes.
Et F. a sans
doute été autant étonnée que moi de ce bonjour, habituellement tellement banal
entre voisins, et pourtant.
01 juin 2008
EN ALLANT CHEZ MON BOUCHER
Samedi je suis
allé chez mon boucher préféré. Je sais jusque là rien de très exaltant, mais
soyez patient , parce qu’en allant chez mon boucher acheter , il faut dire qu’à
ce moment là de l’histoire je ne savais pas vraiment ce que j’allais lui demander,
là maintenant au moment où je l’écris je sais bien que c’est un roosbeef et six
œufs , mais quand je me suis engagé dans l’allée , protégé des premières larmes
du ciel par de vieux arbres penchés sur mon passage avec un infinie tendresse,
qualité que je reconnais également à la viande de mon boucher, enfin quand je
parle de la viande de mon boucher, évidemment c’est un raccourci, il faut que
je précise qu’il y a deux chemins pour aller chez mon boucher et c’est vrai ce
matin là je n’ai pas vraiment pris le raccourci qui passe par le Square de B.,
je dis le Square de B pour ne pas permettre une identification trop facile du
charmant endroit où je vis et pour préserver la tranquillité de mon boucher,
enfin bref ce matin là, j’accomplissais une action
finalement assez banale, comme quoi quand on s’engage dans un chemin on ne sait
pas ce que la vie nous réserve, il est probable que si la pluie ne s’était pas
mêlée de ce qui ne la regardait pas, rien de tout cela ne serait arrivé et
quand j’y songe je me dis que nous somme s vraiment peu de chose . Donc ce
matin là en chemin vers la boucherie, ça me fait bizarre d’écrire cela parce
que cela fait des années que je vais faire les courses chez mon boucher et je n’ai
jamais vraiment eu l’impression d’aller à la boucherie, ce qui prouve bien que
lorsque que l’on fait les choses sans y penser on les vit différemment. Je venais
de m’engager dans l’allée de C ., je n’aime pas beaucoup le nom que la
Ville a donné à ce petit chemin, j’aimais beaucoup le nom que les anciens
rennais qui ont connu ce lieu avant qu’il ne soit envahi par les habitations de
la ZAC Patton, pour expliquer ce que vient faire Patton dans cette histoire, il
faut se rappeler que c’est par cette entrée de Rennes que l’armée américaine a
libéré la ville en 1944 et le Commandant de l’armée de Patton s’appelait
Patton,ce qui n’est sûrement pas un hasard mais nous on dit Patonne bien qu’on
soit Bretons, encore que tout le monde n’est pas d’accord là-dessus, capitale
historique de la Bretagne, certes, mais est-ce pour autant la vraie Bretagne,
faudra que je pose la question à mon boucher qui est finistérien, mais je n’ai
pas une dent contre lui, d’ailleurs sa viande est tellement tendre, mais je ne
vais pas m’étendre là-dessus. Tout cela pour dire que le chemin était appelé, c’est
mon père qui me l’a dit le tenant lui-même de son père, mon grand-père, le
chemin des bohémiens, mais c’est une autre et belle histoire. Et c’est dans ce
chemin, ironie mordante de l’histoire, que j’ai croisé la route, c’est drôle
que j’écrive croisé la route alors que ce n’est qu’un modeste chemin, mais ce
sont les plaisirs de la langue française et de tous ses petits détours où l’on
peut s’égarer , ce que je fais allègrement , je le reconnais , que j’ai croisé
la route de F., là encore une question d’anonymat , et là alors que rien ne me
préparait à cela, à ma grande, que dis-je, ma monumentale surprise, qui n’a
sans nul doute d’égale que la sienne, en écrivant ces lignes je me remémore
chaque instant pour me persuader que c’est vraiment arrivé , que ce n’est pas
le fruit de mon imagination, je me vois fermer soigneusement la porte de
ma maison à clé, traverser le modeste jardin , impossible de le rater dans la
rue c’est le seul jardin fou où les fleurs de toutes espèces sont reines et
font la nique aux haies bien taillées du voisinage quand ce ne sont pas
palissades de bois ou hauts grillages protégeant d’on ne sait quel péril latent
ou imminent je me le demande, puis je me revois, innocent et inconscient ,
comme l’on dit d’un frais de cujus je l’ai encore vu hier il semblait tellement
bien portant, de ce qui allait se passer quelques instants plus tard m’engager sur le chemin dont je peux dire
maintenant qu’il est plus celui de la rédemption que de croix et ce sans aucune grandiloquence, je me
vois comme dans un rêve ou l’un de ces films où la scène se déroule au ralenti
afin que le spectateur, dont on imagine que sans cela il ne comprendrait pas, l’ignare,
je me vois disais je pour abréger vos souffrances, encore qu’il n’est pas certain
que quelque lecteur se soit aventuré jusque là, je me revois dire bonjour à F.
29 mai 2008
L 'ARTISAN
Il est arrivé avec un grand sourire, a pris des mesures, a montré ses catalogues de portails alu flambants neufs.
Puis a jeté un coup d’œil sur notre havre de paix, cette
blanche maison qui accueille nos vieux os : « Y’en n’a pas beaucoup
des maisons Phénix à Saint-Cast, c’est même la seule.... » .
Je tente de la
défendre maladroitement «..Elle est en bon état et puis elle est saine »
Il me coupe d’un
cinglant « Ben ouais, c’est que du béton armé et de la ferraille alors
forcément... ».
Forcément,
elle fait un peu tâche au milieu des vrais résidences secondaires et c’est vrai
qu’on ne voit pas beaucoup de Logan dans le coin.
Son regard
parcourt le modeste jardin «.C’est grand quand même, mais vous avez coupé des arbres. ».
Distraitement,
j’assène « ah oui, c’est pour
pouvoir poser mon hélico ».
NON MAIS, pour
qui il nous prend ?
26 mai 2008
POINTS SUR LES I
Pour les non initiés du ballon rond, une fin alternative plus explicite....Chine ou Birmanie, tremblement de terre ou cyclone, vous n'y êtes pas, il s'agit , je le balance sans vergogne, de la ville de Lens et de son équipe de foot qui a perdu le match qu'il ne fallait pas perdre, on a les catastrophes qu'on peut ...
22 mai 2008
DE LA RELATIVITE
Des visages
tristes, des pleurs qui creusent leurs
sillons le long de joues vaincues, un enfant qui console un père éperdu de douleur.
Une région dévastée par une indicible douleur, une stupéfaction qui peint ses
figures de désolation sur des faces rougies par l’émotion, des hommes
terrassés, des femmes tétanisées, des jeunes gens errant et tenant encore un
improbable étendard tentant de se cacher, penaud, dans des mains rendues
inutiles, des chants éteints qui ne
résonnent plus dans le silence d’une ville sidérée, des rideaux baissés
incapables de se relever, de l’hébétude en guise de croissants au lever d’un
jour blafard et condamné à ne pas sourire , des rues désertes qui pourtant se vident
de leur sens , une vie qui ralentit, des feux en pleine détresse qui restent au
rouge et des caméras qui matent et des présentateurs qui audimatent et des
spectateurs qui se repaissent de ce malheur qui a eu le bon goût de les
épargner et le meilleur goût de les distraire.
La Chine, la
Birmanie, vous n’y êtes pas, c’est sur la bonne ville de Lens que s’est abattu cet
inconcevable malheur.
ERSATZ
Truly se marre, tu voulais
parler de toi, te montrer, on voit le résultat, pas un mot, rien à raconter, ça
tu l’as dit, mais as-tu autre chose à dire.
Regarde la réalité, rien ne se
passe dans ta vie, tu attends, sais-tu faire autre chose que d’attendre, alors laisse
moi faire, prête moi ta plume et retourne à ton ersatz d’existence.





